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Culture et développement- Par Rubens Augustin

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Culture et développement- Par Rubens Augustin

Par Rubens AUGUSTIN

Educateur et étudiant-finissant en sociologie à l’UEH

Novembre 2016

augustinrubens7@gmail.com

Tél : (509) 3692 08-19

La culture est, selon M. Raymond Weber, le lieu où la société se comprend, se projette et s’analyse. Ce qui sert de fondement aux  sociétés humaines. Pour paraphraser E. Morin, l’homme en tant qu’espèce se trouvant dans et hors de la nature n’a que la culture pour compenser sa vulnérabilité naturelle. Ce qui se réalise surtout dans une société. Autrement dit, sans cette dernière, il n’y a pas de développement humain possible. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle que chaque pays du capital humain. Personne ne peut s’échapper de cette exigence qui rend possible le vivre-ensemble et le développement. Un nouveau paradigme a pris naissance depuis pour expliciter les qui veut prendre ce chemin néglige pas la culture. Cette dernière permet de construire tout un mode de vie en communauté. Toujours dans le même ce sens, A. Compte la considère comme le culte interactions entre culture et développement. Connu sous le nom Culture-développement. En Afrique, la prise de conscience de cette nouvelle vision du développement commence d’emblée avec la divulgation de la charte culturelle en 1976. Mais bien avant cette adoption, plus d’une décennie, Léopold Sedar Senghor a déjà attiré l’attention sur cette concomitance entre les deux notions jusqu’à penser que la culture était au commencement et la fin du développement. Aussi important qu’il soit comme objectif, le développement renvoie à la modernisation qui s’oppose à la tradition. Heureusement, le développement mobilise tantôt l’une tantôt l’autre (Paret et Vernant, 1976 : 663). La tradition qui constitue, entre autres choses, l’identité nationale joue un rôle important dans la question du développement notamment le développement économique et social. Comment peut-on caractériser les interactions entre culture et développement au regard de la mondialisation ? Peut-on penser les stratégies de développement d’un pays en dehors d’une culture nationale ? Ainsi, en quoi la spécificité de la réalité nationale peut entrainer un véritable développement économique d’un pays ?

I-Développement, un mythe au regard de la culture mondiale

On cherche à tout prix d’uniformiser le monde pour caractériser la relation entre développement et culture. Ce n’est autre chose qu’un piège. On parle aujourd’hui de culture mondiale. Ce qui prend en compte toute forme de manifestations culturelles. L’avènement de la modernité veut donner l’image unique de l’histoire universelle jusqu’à affecter les pratiques des sociétés traditionnelles. Ces dernières doivent y résister malgré le projet fascinant de la globalisation à intégrer tous ces pays au modèle mondial notamment à l’économie capitaliste et la modernité politique. Ces valeurs ne suscitent pas de véritable développement. C’est la raison pour laquelle que la résistance à tout cela est ainsi fondamentale que d’y intégrer. Dans le cas contraire, c’est la destruction de l’identité nationale qui symbolise la particularité de la réalité du pays. En ce sens, la dépendance totale aux valeurs culturelles qui ne sont pas les leurs est toujours monnaie courante dans le cas des pays pauvres qui y entrent à l’aveuglette. Les systèmes sociopolitiques mondiaux ne répondent à aucune exigence en faveur des pays du tiers-monde même le capitalisme démocratique. Ils connaissent de préférence la stabilité dans le non-développement. Les interactions entre ces valeurs culturelles et le développement ne garantissent pas de changement. Ce qui fait que le développement, dans la perspective de la mondialisation, est un mythe. Une autre alternative s’offre à travers les valeurs propres aux pays dont le développement s’avère nécessaire.

II-Développement et culture nationale

     La culture possède certaines caractéristiques dont la tradition est le fondement. Aucune culture dans cette perspective n’est séparable d’une société donnée. Pas de société sans sa propre culture. On ne saurait penser le développement en dehors de cet aspect. Car il est non négligeable (Warnier 2003, 2007 : 6-7). Il est démontré que le développement d’un pays ne dépend pas seulement des facteurs économiques, écologiques, politiques et sociaux mais aussi de la culture. Celle-ci influence énormément la gestion des affaires publiques notamment la question de l’éducation  (Weber, 2009 : 3). Les traditions doivent jouer un rôle capital dans l’adaptation aux objectifs de cet épanouissement. C’est là où découle l’hypothèse selon laquelle, tout ce qui se fait au profit du développement d’un pays doit se baser sur les valeurs de ce pays. Ă cet effet, les principales composantes de la culture qui sont les savoir-faire, l’art, la science, l’éducation et tout ce qu’il y a de patrimoine contribuent aux stratégies et processus du développement. Elle participe du coup à la façon dont nous structurons la société, et du progrès social et économique d’une nation (Weber, ibid). Le potentiel économique se cache derrière les « industries culturelles et créatives ». Ces dernières peuvent faciliter le rehaussement d’un pays à tous égards surtout lorsque ce dernier reste attaché à son identité. D’ailleurs, c’est dans le développement de sa propre culture, un pays peut confirmer son originalité. Ce qui sous-tend qu’en dehors de la culture nationale on ne voit pas encore que le développement est réel.

III-Culture originale au service d’un développement véritable

La culture étant un tout, embrasse tous les domaines de la vie humaine notamment la formation sociale et intellectuelle renfermant tout un ensemble de savoirs. Ce qui fait que l’identité d’un peuple dépend de tout cela. Et la constitution de cette identité reste et demeure un acte éminemment social. C’est la raison pour laquelle, Jean François Kervégan parle d’une fonction sociale et pratique de l’identité qu’il ne faut pas ignorer (Kambouchner, 1995 : 563-570). La singularité des pratiques sociales et culturelles de tout peuple doit être prise en compte dans tout projet. Ă cet égard, il est tout à fait impensable de penser qu’un projet comme le développement d’une nation peut se faire en niant sa culture.

La culture originale implique le respect religieux de la tradition qu’aucun agent de développement ne saurait faire fi dans un projet d’appui. Dans cette perspective on classe les savoirs techniques populaires qui sont des compétences et savoir-faire à part entière. Ils comprennent tous les domaines de la pratique sociale. Ils sont essentiellement fondés sur l’expérience professionnelle. La routine et la tradition y sont dominantes. Les savoirs technico-scientifiques et ces savoirs sont certes asymétriques, mais également ils sont cohabitables (Olivier de Sardan, 1995 : 141-150). En dehors de cette cohabitation tout développement est un mythe. Car pour qu’un pays se développe, il faut tenir compte de son identité.

En somme, la réussite de tout projet de développement dépend totalement de la réalité culturelle du pays dans lequel il se réalise. Il n’en y a pas d’alternative. L’identité nationale est d’une importance cruciale dans cette entreprise. Pour paraphraser Olivier de Sardan, on ne saurait faire l’abstraction de l’histoire de la population-cible dans ce système de ressource et d’opportunité qui est ce projet.  La culture offre aux agents de développement toute une piste de réussite que généralement, ils ignorent. C’est dans ce sens que l’étude des conditions de vie tout au moins de mode de vie de la population concernée est indispensable. Ce qui permettrait de découvrir la richesse de la culture de ce peuple. D’ailleurs, le potentiel économique qui constitue la culture est ce qui peut entrainer le véritable développement économique d’un pays. Ce n’est donc pas étonnant qu’aujourd’hui, on parle d’entrepreneur de la culture. Ce qui sous-tend que celle-ci joue un rôle important dans « l’avènement d’une économie créative, d’un bien être des populations à la cohésion sociale ».

Références bibliographiques

DE RIVERO Oswaldo (2003). Le mythe du développement, Col. Enjeux planète, Tunis, Presses Imprimeries Réunies.

FISCHER Georges (1975). « Tradition, Identité nationale et développement. Note introductive », In Politique étrangère.

JULIA Didier (1964). Dictionnaire de la philosophie, Paris, Librairie Larousse.

KAMBOUCHNER Denis (dir), (1995). Notions de philosophie, Tome II, Paris, Editions Gallimard.

MORIN Edgar (1999). Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Editions Le Seuil.

OLIVIER DE SARDAN Jean Pierre (1995). « Anthropologie et développement. Essaie en socio-anthropologie du changement social », Col. Homme et société, Paris, Editions Karthala.

PARET Roger, VERNANT jacques (1975). « Tradition, identité nationale et développement dans la définition et la conduite de la politique étrangère », In politique étrangère.

WARNIER Jean Pierre (2003-2007). La mondialisation de la culture, Paris, Editions La découverte.

WEBER M. Raymond (2009). Culture et développement : vers un nouveau paradigme ? , Campus Euro-africano, De co

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