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Charlemagne Péralte, le dernier grand général indigène du 20e siècle

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Pièce de 50 centimes à l’effigie C.Péralte

 Comme dit le vieil adage « à tout seigneur tout honneur » partant de ce point de vue, rendons à charlemagne ce qui appartient à Péralte et à Dieu ce qui est à Dieu. Il serait profanatoire  de notre part d’oser inaugurer la rubrique « personnalité de la semaine » des cacos noirs avec un personnage autre que le fameux et  inspirant révolutionnaire et homme de cœur qu’était Charlemagne Péralte.De Dessalines à Capois  La Mort en passant  par le placide et charismatique  Henry Christophe, à l’instar de Benoit Batraville, Charlemagne  Péralte  a eu le privilège d’amener au combat la dernière élite de l’armée indigène  contre l’envahisseur américain. Le  28 Juillet 2015 va marquer le centième anniversaire de l’occupation américaine d’Haiti, nous allons tenter à travers cet article de faire le portrait de cet homme qui a osé  tenir  tête aux corps  des Marines bien entrainés des USA avec seulement dans son effectif 40000 paysans galvanisés  et chauffés à blanc par l’énergie électrisante de la  rage du patriotisme sans borne.

IL ÉTAIT UNE FOIS ….CHARLEMAGNE PERALTE.

François Borgia Charlemagne Péralte est né à Hinche dans le département du Centre le 10 octobre 1887. Il suivra le parcours de son père le général Rémi Masséna Péralte en embrassant la carrière militaire. Cet extrait d’un article de Roger Dorsinvil nous aide à avoir une idée sur la vie de l’homme :

« C’est dans la ville de Hinche, devenue capitale régionale du « Plateau Central », que devait naître Charlemagne Péralte en 1887.

Une telle ville qui rassemblait, outre les commerçants, des administrateurs civils tels que maire, juge de paix et une hiérarchie militaire, qui était un point de passage entre les départements du Nord et de l’Ouest avait donné naissance à une bourgeoisie qui avait la particularité, tout en ayant vocation d’exploitation urbaine, d’être adossée au monde rural qui lui fournissait la substance de ses spéculations.

Dotée d’écoles primaires, elle avait donné naissance à une micro-culture faite à la fois d’ouverture et de méfiance, nourrie d’un sentiment de différence justifié par son orographie de plaine haute, sa végétation fourragère propice à l’élevage, la proximité des frontières par où filtrait un filet de culture espagnole.

Quiconque allait au-delà du cycle primaire était assuré d’une notabilité locale indiscutable le prédestinant à faire partie de l’appareil administratif d’autorité. La famille Péralte avait ainsi donné des juges de paix, des maires, même dans le temps des députés, des membres de délégations civiques appelés à porter vers la capitale les doléances locales, et plus d’une fois des encadrements d’officiers à des armées révolutionnaires.

Nous avons la trace du jeune Péralte à l’école primaire de sa ville, à un institut secondaire à la capitale, où il semble n’être pas allé au-delà de la quatrième. Mais, à Hinche, on l’aura compris, être arrivé en quatrième à l’Institut St-Louis de Gonzague, pépinière d’intellectuels et d’hommes d’affaires de l’élite urbaine, était une auréole, et c’est un jeune, prédestiné à une haute aventure locale qui aurait repris le chemin de la maison natale à la mort de son père. Son adolescence est typique de la bourgeoisie rurale. Gérant collectif de biens de famille, doté en surplus de terres spécifiquement acquises en son nom par sa mère; c’est un jeune citadin élégant ayant l’œil sur les filles, vif à les consommer, ses Dimanches adonnés aux loisirs des combats de coq au milieu de la paysannerie et d’autres citadins dont c’est le passe-temps préféré. Son passage par l’école religieuse ne l’aura pas plus éloigné que les autres Haïtiens de sa classe des croyances mystiques du Vaudou dans lesquelles baigne la culture afro-haïtienne.

A l’approche de l’âge adulte on le retrouve juge de paix, puis officier de bandes révolutionnaires…… L’occupation américaine le trouvera commandant de l’arrondissement de Léogane, dans le département de l’Ouest, loin de son Hinche natale, parce que, pour une fois, il aura joué gagnant avec une troupe révolutionnaire, qui a porté au pouvoir un chef du Nord, Vilbrun Guillaume Sam »

Le contexte politique et l’occupation américaine

Jusqu’en 1840 soit trente-six ans après l’indépendance, le pays n’a jamais pu  prendre son envol en matière de prospérité. Au contraire, il s’était englué  dans  une spirale de misère et  de déboires sans fin qui terrorisaient incessamment les masses rurales marginalisées et oubliées du reste du pays. Ceci correspond à ce dicton haïtien « chodyè a monte sou non timoun men l desann sou non granmoun » Cet état d’exclusion à outrance maintenait un mécontentement permanent dans les classes défavorisées qui s’est cristallisé sous la forme d’une violence sans pareil aboutissant à la mort tragique du président Vilbrun Guillaume Sam  » arraché  à l’Ambassade de France contre tous  les usages diplomatiques et démembré par la foule le 27 Juillet 1915″ .

Le lendemain de la mort de Vilbrun Guillaume Sam les forces américaines débarquent à Port-au-Prince et se déploient dans le pays sans incident majeur sauf à Léogâne, où Charlemagne Péralte commandant de la sécurité militaire de la région refuse de déposer les armes et le drapeau national sans en avoir reçu l’ordre officiel des autorités haïtiennes. Aussi se résout-il à démissionner et de retourner dans sa ville natale de Hinche pour s’occuper des terres familiales.

Pendant environ deux années d’occupation les élites des grandes villes vont s’aplatir(comme elles le font toujours d’ailleurs) dans une attitude  de soumission  pendant que dans le monde rural s’est installée la corvée dans le souci de percer les routes, les campagnes avaient vu cette initiative d’un très mauvais œil et la considéraient comme une entreprise raciste de colonisation. Cette lettre de Charlemagne Péralte en anglais traduite par Elena and Kirill Razlogova donne une idée de ce qui se faisait dans le temps:

« Depuis quatre ans, l’Occupation nous insulte à tout instant. Chaque matin nous apporte une nouvelle offense. Le peuple est pauvre et l’Occupation le pressure sous les taxes. Elle répand les incendies et elle empêche aux gens de reconstruire leurs maisons en bois, sous prétexte d’embellissement de la cité.

Malgré les atteintes portées à notre autonomie et à notre dignité de peuple libre et indépendant, nous étions disposés à accepter la Convention (imposée par les USA) et à exécuter les obligations qu’elle comporte pour nous, mais les promesses fallacieuses faites par les Yankees en débarquant sur notre sol, se réalisent depuis tantôt quatre ans par des vexations perpétuelles, des crimes inouïs, des assassinats, des vols et des actes de barbarie dont seuls dans le monde entier l’Américain a le secret »

Ainsi un mouvement violent finit par prendre naissance. Cela a débuté de manière désorganisée avec des chefs de marrons çà et là mais plus tard soit en 1917, ils élurent un chef suprême en la personne de Charlemagne Péralte pour les aider dans une guérilla afin de faire face  aux armes perfectionnées de l’occupant. Avec un armement limité à quelques vieux fusils et des machettes, les Cacos opposent une telle résistance que les effectifs des Marines sont augmentés, et les États-Unis en viennent à utiliser leur aviation pour contrôler le territoire et mater la guérilla.

Apres deux ans de combats, fort du soutien de la population, Charlemagne Péralte proclame un gouvernement provisoire dans le Nord d’Haïti, en 1919.

 Maudit sois-tu Conzé

A l’instar de l’histoire du Christ trahi par les siens, l’histoire va répéter son cours et elle le fera par le truchement d’un certain Jean-Baptiste Conzé, un officier caco. Pour trois mille dollars ce dernier a entrepris sa campagne de trahison qui a valu la mort de Charlemagne Péralte le 31 Octobre 1919 par deux coups de revolver par le sergent américain Herman H. Hanneken  dans son campement même où il se croyait en sécurité. Le corps du héros révolutionnaire fut  attaché à une porte et accompagné du drapeau bicolore haïtien, la macabre photographie est reproduite à des milliers d’exemplaires pour être distribuée dans tout le pays afin de décourager les autres révolutionnaires dans leurs efforts de déraciner l’occupant du sol haïtien.

 De héros à martyr, Péralte au panthéon de l’histoire de l’humanité

Par sa générosité à se sacrifier pour son peuple Péralte a inscrit son nom dans l’éternité. Si sa dépouille mortelle a été traitée comme un vil bandit par l’ennemi mais son courage, son abnégation et l’amour de sa terre font de lui selon moi le dernier grand général de l’armée indigène  du 20e siècle. Sa mémoire est aussi saluée par les américains comme l’attestent les lignes qui vont suivre tirées d’un article de Roger Dorsinvil :

« Nous sommes allés chez vous sans aucun droit, tout simplement parce que nous sommes plus forts que vous. Mais votre pays vous appartient, il faut bien que nous nous en retirions un jour. Le premier devoir des Haïtiens, après notre départ, je vous prie de le leur dire de ma part, sera d’élever un magnifique monument à Charlemagne Péralte. C’est Péralte et ses cacos, qui, par leur héroïsme et leur mépris de la mort, nous ont portés, nous Américains, à avoir de la considération pour vos compatriotes. Personnellement, je serais content, si je retournais en Haïti, de contempler un tel monument »

Par ton héroïsme et ton attachement viscéral à ta patrie, Charlemagne tu nous as rendu notre fierté aux yeux du monde entier et de génération en génération Haïti te devra toujours une fière chandelle. La mort a surement détruit ton enveloppe charnelle mais en consentant de sacrifier ta vie pour les tiens, tu as inscrit ton nom dans le cercle fermé de l’éternité où l’on ne trouve que ceux qui avaient embrassé une cause noble et juste afin de laisser un monde meilleur aux générations à venir.

Merci pour tout

 Les Cacos noirs

Source :

1-wikipedia

2-UN HÉROS DE LA LIBERTÉ : CHARLEMAGNE PERALTE LE CACO PAR ROGER GAILLARD

3-Bandits or Patriots? Documents from Charlemagne Péralte

One thought on “Charlemagne Péralte, le dernier grand général indigène du 20e siècle

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